Lahcen Chermani…
Quelques heures avant l’ouverture des urnes aux électeurs marocains, Hicham Rahil, membre du bureau politique du Mouvement populaire, a livré une lecture d’ensemble du paysage électoral. Il a placé au cœur de son propos le bilan du gouvernement actuel et ses programmes sociaux, économiques, sanitaires et éducatifs, tout en présentant les positions de son parti sur les villages, le pouvoir d’achat et les futures alliances.
Rahil, qui possède une expérience dans l’action politique et administrative et a été chef de cabinet de l’ancien ministre de la Santé Khalid Aït Taleb, a évoqué lors d’un entretien particulier plusieurs dossiers qu’il juge décisifs pour la prochaine étape : élections et désengagement politique, relations maroco-espagnoles, cause palestinienne, santé, éducation, monde rural et pouvoir d’achat.
À propos du climat de la campagne, Rahil a qualifié les élections de 2026 de « chaudes », marquées, selon ses termes, par de nombreuses attaques et une personnalisation des échanges. Il estime que ce discours ne sert pas un débat électoral censé porter avant tout sur les programmes et les choix politiques.
Le membre du bureau politique du Mouvement populaire a défendu la nécessité pour les citoyens de se rendre aux urnes, considérant que l’abstention ne peut être un moyen de changer la réalité politique. Selon lui, le citoyen qui veut demander des comptes aux élus et au gouvernement doit d’abord exercer son droit de vote et choisir ceux qu’il juge appropriés.
Rahil a déclaré que la participation électorale ne se réduit pas à une opération technique liée au jour du scrutin : elle permet au citoyen d’assumer sa responsabilité dans la constitution des institutions qui géreront les affaires publiques au cours des prochaines années. Il a ainsi invité les jeunes qui critiquent la situation politique et sociale sur les réseaux sociaux à transformer ce débat en participation effective au processus démocratique.
Évoquant le conflit qui a marqué la campagne entre les composantes de la majorité gouvernementale, notamment le Rassemblement national des indépendants et le Parti authenticité et modernité au sujet du bilan gouvernemental, Rahil a estimé que les divergences sont naturelles pendant les campagnes, chaque parti entrant sur le « ring » politique pour défendre sa place et son programme.
Il a toutefois critiqué le passage d’un débat sur les programmes à des accusations réciproques sur la gestion gouvernementale, appelant les partis à revenir aux dossiers qui concernent directement les citoyens.
Dans ce contexte, Rahil a abordé la controverse autour de Fouzi Lekjaa après son adhésion au Parti authenticité et modernité. Il considère que les mouvements de cadres et de compétences entre partis relèvent pleinement de la pratique politique et que chacun a le droit de rejoindre le parti correspondant à ses convictions.
Rahil a décrit le débat suscité par cette question comme une forme de « réduction de la politique » à ses yeux. Il a souligné que l’ambition politique n’est pas un crime et que tout responsable peut nourrir des ambitions, y compris celle de diriger le gouvernement. Le choix du chef du gouvernement reste toutefois lié au processus constitutionnel, aux résultats des élections et à leurs conséquences.
Sur le bilan du gouvernement, Rahil a formulé de vives critiques, estimant que certains indicateurs sociaux et économiques ne reflètent pas, selon lui, le niveau de l’investissement public et des grands projets réalisés au Maroc ces dernières années.
Il s’est particulièrement arrêté sur le chômage, les prix et l’éducation. Selon lui, le citoyen ne mesure pas le développement uniquement à l’ampleur des projets et des investissements, mais à ce qu’il ressent au quotidien, notamment dans les prix, la santé, l’éducation et les possibilités d’emploi.
Rahil a affirmé que la hausse du coût de la vie est devenue l’un des dossiers les plus pesants pour les ménages. Il a évoqué le citoyen qui se rend au marché en se demandant avant tout ce qu’il peut acheter et si son salaire lui permettra de couvrir les besoins de sa famille.
Il a critiqué l’orientation des aides, estimant qu’un soutien qui ne parvient pas directement au citoyen ne répond pas à ses attentes. Prenant l’exemple des produits de base, il a déclaré que le citoyen veut percevoir les effets de la politique publique lorsqu’il trouve au marché des denrées alimentaires à sa portée.
Pour Rahil, il ne s’agit pas seulement d’injecter des fonds, mais de savoir comment les orienter et de garantir que leurs effets atteignent le citoyen. Il a donc appelé à des politiques dont l’impact sur le pouvoir d’achat soit tangible dans la vie quotidienne, plutôt qu’à des chiffres gouvernementaux détachés de la réalité des familles.
Concernant la santé, Rahil s’est appuyé sur son expérience au cabinet du ministre Khalid Aït Taleb. Il a affirmé que la réforme du système de santé était un chantier royal et que l’étape actuelle exige surtout, selon lui, la mise en œuvre des lois et des réformes préparées ces dernières années.
Il a particulièrement insisté sur la loi relative à la fonction sanitaire, considérant que les mesures incitatives en faveur des médecins, des infirmiers et des autres professionnels sont essentielles à la réussite de la réforme.
Il a expliqué que les professionnels de santé ne travaillent pas dans les mêmes conditions qu’un fonctionnaire administratif ordinaire, en raison des gardes de nuit, du travail pendant les jours fériés, des déplacements et de conditions particulières. Le système d’incitations doit donc tenir compte de ces spécificités.
Il a aussi évoqué les groupements sanitaires territoriaux, qu’il considère, en principe, comme un modèle susceptible d’améliorer la gouvernance du secteur. Leur réussite reste toutefois liée, selon son analyse, à la mise en œuvre de la fonction sanitaire et du système d’incitations.
Il a déclaré qu’un médecin ou un infirmier appelé à se déplacer dans toute une région et à travailler dans des zones reculées a besoin d’un cadre juridique et professionnel qui l’encourage à accomplir cette mission. Selon lui, déployer les groupements sanitaires sans traiter la situation des ressources humaines ne permettra pas d’atteindre les objectifs attendus.
Passant de la santé à l’éducation, Rahil a vivement critiqué l’état du système, estimant que sa réforme nécessite une continuité des politiques plutôt qu’un changement d’orientation avec chaque gouvernement ou chaque ministre.
Il estime que le Maroc a accumulé ces dernières années des lois et des stratégies de réforme, mais que le problème réside, selon lui, dans la continuité et la mise en œuvre effective.
Il considère que la surcharge des classes, l’absence de certains équipements essentiels dans plusieurs établissements et les écarts entre enseignement public et privé sont autant de dossiers exigeant un traitement sérieux.
Rahil a également lié la réforme de l’éducation aux transformations technologiques, notamment à l’ère de l’intelligence artificielle. Il estime que l’école marocaine doit passer du modèle traditionnel à un modèle axé sur le développement des compétences de l’élève et sa préparation à l’avenir.
Le monde rural a occupé une large place dans l’intervention du membre du bureau politique du Mouvement populaire, qui rattache l’engagement du parti sur ce dossier à sa fondation en 1959.
Il a déclaré que le Mouvement populaire a toujours placé le monde rural parmi les priorités de son discours, en raison de la persistance, selon lui, de zones insuffisamment desservies en routes, en eau, en services de santé et d’éducation, et même en réseaux de communication.
Il a ajouté que le désenclavement des zones reculées commence, à ses yeux, par la route, qui permet l’acheminement des approvisionnements, l’accès aux services et aux investissements, ainsi que les déplacements des citoyens vers les établissements de santé et d’éducation.
Sur le plan économique, Rahil a proposé de stimuler l’investissement dans les zones reculées, plutôt que de laisser leurs habitants contraints de migrer vers les villes pour chercher du travail.
Il a cité l’exemple de régions comme Errachidia, estimant que leurs richesses locales, notamment les produits agricoles, peuvent devenir des possibilités économiques pour les habitants, au lieu de voir les jeunes partir vers des villes lointaines à la recherche d’un emploi.
Rahil a rattaché cette question à une conception plus large de l’équité territoriale. Selon lui, les grands projets, les stades et les infrastructures modernes doivent s’accompagner de services essentiels dans les zones qui connaissent encore des difficultés en matière de routes, de santé et d’éducation.
Ce point rejoint le programme électoral 2026 du Mouvement populaire, qui met l’accent sur la protection des revenus des ménages, la souveraineté alimentaire, la santé, l’éducation, l’emploi, le logement et l’équité territoriale.
À propos de ce programme, Rahil a résumé les priorités dans la notion de « vie digne ». Il considère que le citoyen a d’abord besoin de pouvoir assurer sa subsistance quotidienne et de bénéficier de services de santé convenables et d’un enseignement de qualité.
Il a critiqué ce qu’il juge être le faible effet de certaines politiques publiques sur la vie quotidienne. Le citoyen, a-t-il déclaré, ne veut pas seulement entendre parler des budgets et des investissements : il souhaite en voir les résultats au marché, à l’hôpital et à l’école.
Rahil a aussi défendu la position de son parti dans l’opposition, estimant que le Mouvement populaire a joué ce rôle au cours du mandat précédent. Il a affirmé que Mohamed Ouzzine, en tant que secrétaire général du parti, a mené ce qu’il décrit comme une opposition vigoureuse au gouvernement.
Sur les alliances, Rahil a choisi de ne pas aborder la répartition des portefeuilles ministériels avant les résultats des élections. Il a souligné que la priorité est d’abord de participer au scrutin, puis de déterminer la position du parti dans la majorité ou dans l’opposition.
Il a expliqué que la participation du Mouvement populaire à un futur gouvernement sera, selon sa présentation, liée au respect de son programme et à l’intégration de ses engagements dans le programme gouvernemental.
Il a également évoqué l’expérience du parti à la tête de plusieurs secteurs et au sein des gouvernements, tout en insistant sur le fait que la discussion sur les ministères doit intervenir après les élections.
Concernant la diplomatie, Rahil s’est arrêté sur les relations maroco-espagnoles et la cause palestinienne. Il a affirmé que les dossiers de politique étrangère doivent rester à l’écart de l’exploitation électorale et que la compétition entre partis doit se concentrer sur les programmes qui concernent les citoyens.
Il considère également que la diplomatie officielle dispose de données et de rôles qui ne sont pas ceux des partis politiques. Il a donc appelé à ne pas transformer les questions nationales et diplomatiques en instruments de confrontation électorale.
À ses yeux, on ne peut parler de changement politique sans participation électorale, et un citoyen ne peut demander des comptes aux élus s’il choisit de ne pas participer à leur désignation.
Le membre du bureau politique du Mouvement populaire a ainsi établi un lien direct entre le vote et la reddition des comptes : le citoyen vote, puis juge la performance de ceux qu’il a choisis pendant leur mandat.
Concernant la génération Z, très présente dans les débats politiques sur les réseaux sociaux, Rahil a reconnu l’existence d’une conscience politique chez une partie des jeunes. Il a toutefois appelé à passer du débat numérique à la participation aux élections.
À la fin de son intervention, Rahil a invité l’électeur marocain à exercer son droit de vote et à choisir le parti ou le candidat qui le convainc. Selon lui, l’objectif est que le citoyen ne reste pas en dehors du processus politique pour demander ensuite des comptes aux institutions et aux élus sans être passé par les urnes.
Dans les dernières heures précédant le scrutin du 23 septembre, Hicham Rahil a ainsi combiné la défense des choix du Mouvement populaire, la critique du bilan gouvernemental sur plusieurs dossiers et l’appel à une participation électorale élargie. Son intervention s’est concentrée sur trois ensembles de priorités que le parti juge centraux dans son programme : le pouvoir d’achat, la santé et l’éducation, ainsi que l’équité territoriale et le monde rural.







