Nizar Baraka, secrétaire général de l’Istiqlal, s’est retrouvé ce samedi, à l’issue du Conseil national extraordinaire de son parti, au cœur d’un des épisodes les plus remarqués des consultations pour former le gouvernement de Fatima-Zahra El Mansouri. Il a annoncé avoir reçu une information selon laquelle le Conseil national du PAM aurait décidé de refuser la participation du RNI à la prochaine majorité gouvernementale.
C’est ici que commence une histoire politique qui ne demande guère d’imagination pour devenir une matière abondante à la satire. Baraka se trouvait au Conseil de l’Istiqlal, mais l’information qu’il a choisi de communiquer au public concernait celui d’un autre parti. Comme si les consultations avaient soudain décidé de dépasser les frontières organisationnelles et de distribuer gratuitement les rôles de porte-parole.
Baraka ne s’est pas contenté de dire que l’Istiqlal étudiait sa place au gouvernement. Il a évoqué une décision attribuée au Conseil national du PAM concernant le RNI. Le paradoxe est que le Conseil national de l’Istiqlal se réunissait précisément pour trancher sa propre participation, après que Baraka avait affirmé que la décision finale relevait des instances du parti.
Alors que le « parlement de la Balance » débattait de son avenir dans le gouvernement El Mansouri, les participants ont entendu une information sur le « parlement du PAM ». Le RNI, directement concerné par cette décision, tenait lui aussi son Conseil national extraordinaire pour décider de sa position envers le prochain gouvernement.
La politique ne manque pas ici de piquant. Chaque parti possède ses instances, chaque conseil national ses compétences, et chaque secrétaire général est censé parler au nom de son parti. Mais en période de formation des gouvernements, ces frontières semblent parfois devenir trop souples, jusqu’à faire du Conseil de l’Istiqlal une tribune annonçant ce que celui du PAM a décidé, ou aurait décidé.
Plus étonnant encore, Nizar Baraka avait confirmé, après sa rencontre avec Fatima-Zahra El Mansouri, que la position de l’Istiqlal sur une participation gouvernementale serait tranchée par son Conseil national.
La déclaration ouvre donc un nouveau chapitre dans les consultations pour former la majorité, par son contenu autant que par la manière dont l’information est arrivée au public. Au lieu de suivre les instances concernées et leurs canaux officiels, les nouvelles politiques circulent d’un conseil national à l’autre comme les alertes dans les groupes WhatsApp.
L’essentiel reste toutefois ce que les instances des partis annonceront officiellement et définitivement. Un gouvernement ne se forme pas par déclarations et une majorité ne se construit pas par échanges de messages politiques. La participation ou la non-participation demeure, en dernière instance, une décision institutionnelle de chaque parti.
Baraka a réussi, depuis le Conseil de l’Istiqlal, à imposer son nom dans un débat concernant à la fois le RNI, le PAM et El Mansouri. C’est l’un des traits singuliers de la scène politique marocaine en période de formation des gouvernements : chaque parti réunit son conseil national, mais les nouvelles du conseil voisin trouvent le chemin de sa tribune avant lui.





