Tiznit : la protestation des artisans de l’argent perturbe l’ouverture du festival Timizart
L’ouverture de la quatorzième édition du festival Timizart de l’argent à Tiznit s’est transformée en tribune de protestation, après que des artisans ont brandi une banderole dénonçant ce qu’ils ont décrit comme une exploitation du secteur par les « boutiques partisanes et les courtiers des crises ».
Sur la banderole portée devant la délégation officielle figurait ce message : « L’artisanat est une locomotive du développement, et non une vache à lait pour les boutiques partisanes et les courtiers des crises. » Une interpellation directe qui a dépassé les formules de courtoisie accompagnant habituellement l’ouverture des festivals.
Lorsqu’un artisan brandit une banderole de protestation au sein d’un festival censé lui rendre hommage, le dysfonctionnement devient trop manifeste pour être masqué par les lumières, les scènes et les discours. L’artisan de l’argent, qui devait présenter ses créations, s’est retrouvé contraint d’exposer sa colère aux responsables.
Le festival Timizart a choisi pour thème « L’orfèvrerie d’argent : identité, créativité et développement ». Les protestataires lui ont toutefois donné une portée plus incisive : le développement ne se réalise pas en transformant l’artisanat en vitrine saisonnière destinée à valoriser la présence partisane et à répartir les rôles entre bénéficiaires.
La banderole ne dévoile pas, à elle seule, les détails des dossiers ni les parties visées par les accusations. Aucune clarification officielle n’a non plus précisé la nature des revendications. L’emploi d’expressions comme « boutiques partisanes » et « courtiers des crises » traduit néanmoins une forte perte de confiance dans la gestion du secteur et ses rapports avec certains acteurs politiques.
Un festival portant le nom de l’argent ne peut se contenter d’exposer les produits alors que leurs créateurs se sentent marginalisés. Aménager des stands et inviter des artistes et des délégations ne suffit pas non plus si l’artisan local ne perçoit aucun effet tangible de l’événement sur son revenu, ses conditions de travail et ses possibilités de commercialiser ses créations.
Certains festivals sont devenus plus habiles à fabriquer une image qu’à produire un effet concret. Les responsables arrivent à l’heure, les caméras passent, les discours sont prononcés, puis l’artisan retrouve ses anciens problèmes jusqu’à l’édition suivante et à une nouvelle photo sous le même slogan.
Timizart bénéficie du Haut Patronage, un statut qui renforce la responsabilité des organisateurs sans les dispenser d’évaluation ni de reddition des comptes. Ce patronage exige de préserver les objectifs du festival et de servir les artisans et le développement local, au-delà de sa simple mention sur les affiches et les communiqués d’ouverture.
Tiznit doit son rang de capitale de l’argent au savoir-faire de générations d’artisans, et non aux scènes musicales ou au nombre d’invités officiels. Sans l’artisan local, le festival devient un nom brillant apposé sur un événement qui a perdu sa matière première.
L’artisanat n’est pas davantage un réservoir électoral dans lequel puiser au besoin, ni un décor patrimonial dont les politiques se servent pour poser en tenue locale. C’est un secteur économique et social qui a besoin de formation, de protection, de commercialisation et de financement, ainsi que d’une représentation professionnelle indépendante des calculs partisans.
La protestation à l’ouverture impose d’engager un débat sur le budget du festival, la répartition des stands, les critères d’accès et les ressources directement consacrées au soutien des artisans. Elle appelle également à évaluer les retombées économiques des éditions précédentes sur le secteur de l’argent dans la ville.
Les artisans doivent aussi être associés à l’élaboration du programme et aux décisions, au lieu d’être sollicités au dernier moment pour garnir l’exposition de leurs produits. L’artisan n’est pas une pièce d’argent que l’on présente à une délégation avant de la remettre dans sa boîte après la visite officielle.
Le succès du festival Timizart ne peut se mesurer au seul nombre de soirées ou à l’affluence. Il dépend de sa capacité à ouvrir de nouveaux marchés aux artisans, à protéger un métier en recul, à encourager les jeunes à l’apprendre et à faire bénéficier l’économie locale des fonds et des possibilités mobilisés au nom de l’argent.
La banderole brandie à l’ouverture a résumé toute une crise en une phrase. Entre un artisanat censé être une locomotive du développement et des pratiques que les protestataires accusent d’en faire une « vache à lait », la crédibilité du festival est mise à l’épreuve. Une nouvelle soirée artistique ne suffira pas à éluder cette question.
L’argent brille lorsqu’il est poli par la main de l’artisan. Les festivals, eux, ne brillent réellement que lorsque leurs bénéfices profitent aux professionnels du métier, et non aux vitrines des boutiques politiques.





