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خلف المنصات المضيئة.. ملف كناوة ينتظر كشف الحساب

Derrière les scènes illuminées, le festival Gnaoua attend de rendre des comptes

Derrière les scènes illuminées, le festival Gnaoua attend de rendre des comptes

Chaque année, Essaouira devient une capitale de la musique. Ses places se remplissent de spectateurs, les médias rivalisent pour diffuser les images des concerts et chaque édition est présentée comme une réussite renouvelée à chaque été. Pourtant, le véritable succès ne se mesure pas seulement au nombre de participants ni à l’ampleur des applaudissements, mais aussi à la capacité du festival à répondre aux questions que la ville pose avant ses visiteurs.

Ce festival qui revendique l’ouverture sur le monde se trouve aujourd’hui face à un débat qui porte moins sur son programme artistique ou les noms des artistes que sur sa gestion. Plus l’événement grandit, plus il doit rendre des comptes clairs à l’opinion publique, notamment sur son financement, ses sources et l’utilisation des fonds.

Un constat retient l’attention : le budget est moins évoqué que les soirées. Les scènes s’illuminent à l’heure prévue et les concerts démarrent à temps, mais les chiffres restent à l’écart du débat public, comme si l’argent qui fait fonctionner cette imposante machine ne méritait pas lui aussi une place dans le tableau.

Les critiques dépassent la question financière. Plusieurs journalistes ont exprimé des réserves sur la gestion des accréditations de presse, estimant que les médias locaux et régionaux n’occupent pas toujours la place qu’ils méritent dans un festival portant le nom d’une ville dont ils suivent quotidiennement la vie. Comment parler d’ouverture sur le monde lorsqu’une partie des médias de la ville a le sentiment de rester hors du cadre ?

Le système d’invitations ravive également le même débat chaque année. Le public suit les spectacles derrière les barrières, tandis que certains espaces restent réservés aux détenteurs de cartes particulières. Il ne s’agit pas simplement de sièges supplémentaires, mais de l’image d’un festival censé être né de l’esprit de la ville, plutôt que d’une culture des privilèges.

Même en matière de communication, beaucoup posent une question simple : pourquoi l’arabe et l’amazigh semblent-ils moins présents que d’autres langues dans certaines séquences ? Le rayonnement mondial ne signifie pas renoncer à ses racines, mais partir d’elles. Essaouira n’est pas devenue une ville internationale en abandonnant son identité, mais en la préservant et en ouvrant ses portes aux autres.

Le festival a réussi à promouvoir l’image d’Essaouira dans le monde, un acquis incontestable. Mais une belle image ne dispense pas d’une bonne gouvernance. La confiance ne se fabrique pas uniquement avec la lumière et le son : elle se construit aussi par la clarté, la publication des données, le respect de l’égalité des chances et une relation avec les médias fondée sur le partenariat dans la réussite, plutôt que sur leur invitation au moment des applaudissements.

Les grands festivals ne craignent pas les questions, car ils savent que la transparence renforce leur succès au lieu de le diminuer. Lorsque les questions deviennent plus nombreuses que les réponses, même la plus belle scène musicale ne parvient pas à couvrir le bruit du débat qui se déroule à l’extérieur.

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